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11.09.2008
Fichier "Edvige" : le Président de la République tente d'apaiser le climat :
LE 10 SEPTEMBRE 2008 :
Confronté au mécontentement suscité par le fichier « Edvige », y compris dans sa majorité et jusqu'au gouvernement, Nicolas Sarkozy tente de "désamorcer" une polémique qui pourrait perturber son rebond dans les sondages.
Mercredi lors du Conseil des ministres, le chef de l'Etat a appelé ses ministres "au sang froid" et "la cohérence gouvernementale", tout en jugeant "nécessaire" l'existence de ce fichier.
La secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, Rama Yade, avait fait part de ses "doutes". Avant elle, le ministre de la Défense, Hervé Morin (Nouveau Centre), avait dénoncé "un curieux mélange des genres".
M. Morin s'était fait remettre en place par le Premier ministre François Fillon tandis que sa collègue de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, ironisait sur le fait qu'il n'ait "pas trouvé" son numéro de téléphone pour lui "demander ce qu'il en était".
Qu’est ce exactement que le fichier « Edvige » et qui est susceptible d’être concernée par celui-ci ?
Avant toute chose, il convient de préciser que le fichier « Edvige » est géré par la Direction centrale de la sécurité nationale (ai sein de la police nationale donc). Sont ciblées par ce fichier les individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public. La question se pose alors de savoir ce que l’on entend par « susceptible de porter atteinte à l’ordre public » ? Il s’agit tout simplement des personnes ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique ou syndical (m’étant présentée déjà aux élections législatives de 2007 et aux municipales de 2008, j’ai l’impression de me sentir visée… !), mais sont concernées aussi par « Edvige » les personnes jouant un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif. Ce fichier « Edvige » concerne uniquement les personnes à partir de l’âge de 13 ans.
Quelles sont les données qui figurent dans le fichier « Edvige » concernant les personnes visées ?
Figurent dans ce fichier l’état civil et les données professionnelles de prime abord, mais également les adresses postales, électroniques et le numéro de portable de cette personne (les courriers électroniques et conversations portables peuvent le cas échéant, si cela s’avère nécessaire, être épiés…). Il n’y a rien de plus facile pour les services de police, si une cause importante vient à justifier un tel acte, que d’agir de la sorte. Ce fichier peut, par ailleurs, comporter également des informations concernant les signes physiques particuliers de cette personne, mais également des informations sur son comportement et aussi des photos de cette personne (accompagnée ou non) prises lors de certains de ses déplacements au quotidien.
D’autres informations peuvent également apparaître dans ce fichier comme par exemple : les titres d’identité, l’immatriculation des véhicules des intéressés, mais aussi les informations d’ordre fiscal et patrimonial. Les déplacements et antécédents judiciaires de la personne sont également pris en compte.
Enfin, figurent également dans ce fichier les personnes ayant entretenu ou entretenant toujours des liens avec les personnes visées par « Edvige ».
Le fichier « Edvige » ne me pose pas de problème à titre personnel car en tant qu’ex candidate à des élections, l’Etat sait et dispose de toutes les informations qu’il aurait voulu savoir à mon sujet. Mais, je comprends parfaitement toutefois que ce fichier « Edvige » puisse suscités de vives réactions du fait qu’il concerne directement les libertés individuelles et notamment la « liberté d’aller et venir d’un individu ».
Force est de constater que les politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche, ne parviennent pas à se mettre d’accord sur l’existence d’un tel fichier.
Ainsi, on a pu observé une cacophonie gouvernementale aggravée par les critiques d'élus de droite ou de la présidente du Medef, Laurence Parisot. Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP), a ainsi estimé mercredi qu'Edvige était "une affaire mal conduite" par le gouvernement, "qui n'a pas bien communiqué".
Michèle Alliot-Marie a affirmé ne pas se sentir désavouée
Sans attendre une décision - pas avant la fin de l'année - du Conseil d'Etat, devant lequel plusieurs recours en annulation ont été déposés, le chef de l'Etat a pris les choses en main afin de tempérer ces débats relatifs au fichier « Edvige » qui se sont vivement soulevés ces derniers jours.
Aussi, dès son retour de Russie et Géorgie, et une fois le sommet Union européenne-Ukraine bouclé, il a convoqué une réunion à l'Elysée et fait savoir que si sa "priorité" demeurait "la lutte contre la délinquance", il n'en était pas moins "le garant" des libertés publiques.
Il a demandé à Mme Alliot-Marie "d'ouvrir rapidement une concertation" sur ce fichier, qui devra être "suivie de décisions pour protéger les libertés". "Il faut désamorcer la crise" car "il ne faut pas que le président perde le crédit accumulé cet été et qui s'est traduit par une hausse dans les sondages", a assurée l'un de ses proches.
Les renseignements qui font le plus polémique, l'orientation sexuelle et la santé des personnes, pourraient être "évacués" du fichier, ainsi que le fichage des personnalités". Le Conseil de l'ordre national des médecins a rappelé qu'il n'était "pas possible d'enregistrer, sans l'accord formel de la personne concernée, des informations sur son état de santé".
La ministre de l'Intérieur, qui a admis avoir "sous-estimé le fantasme qui pouvait tourner autour de ce fichier", s'est déclarée mardi prête à inscrire, y compris "dans une loi", "toutes les garanties" nécessaires aux libertés publiques pour la mise en oeuvre du fichier. Elle a également proposé un "droit à l'oubli" pour les mineurs.
Malgré ces assurances, l'opposition ne désarme pas, tandis que la pétition anti-Edvige ouverte le 10 juillet sur internet continue de rassembler des signatures. Le collectif "Non à Edvige" à d'ailleurs réitéré sa demande de retrait du décret créant le fichier.
Le président du MoDem, François Bayrou, tout comme l'ancienne ministre socialiste du Travail, Martine Aubry, et les Verts, continuent à demander "le retrait" pur et simple du fichier. Le Front national a estimé que cette affaire illustrait "le désordre permanent au sommet du pouvoir". Les syndicats se sont pour leur part félicités d'un "premier recul du gouvernement".
"C'est une première victoire" mais "les mots ne suffisent pas" et M. Sarkozy doit donner des "garanties", a affirmé le président de la LDH Jean-Pierre Dubois. La FSU (syndicat enseignant) a averti qu'elle resterait "vigilante".
Pour finir, j’ajouterais juste que ce type d’informations figurent d’ores et déjà dans divers fichiers et notamment dans les fichiers des Renseignements Généraux. Alors, même si l’on peut comprendre l’inquiétude de la population et de certains responsables politiques par rapport aux libertés individuelles, il convient de souligner qu’il n’y a rien de si innovant et spectaculaire dans une telle démarche, qui une fois de plus fait beaucoup de bruit pour peu de choses.
La véritable question qui se pose ici est celle qui consiste à savoir quel serait le juste équilibre entre la protection des libertés individuelles et la nécessité d’assurer convenablement une sécurité intérieure ?
Anastasia Komnidis.
13:39 Publié dans actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : edvige, sécurité intérieure, libertés publiques, nicolas sarkozy, michèle alliot marie



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